Culture - Coutumes & ambiance

Quoi, tu veux que je te raconte le sport en quelques lignes ? Malheureux ! Le sport est une chose sérieuse, qui mérite, je ne sais pas moi, une bonne semaine d'exposé. Ne me dis pas que tu ne suis pas les championnats de drones ? Et les arênes de Fungawa ?

Dédémundo, amateur de G-ball

Une civilisation unique

Impossible de nier l'existence d'une culture collective forte dans notre civilisation. Celle-ci se fonde sur les valeurs que l'on connaît: l'autodiscipline, la foi en la science, la raison, la solidarité, le service à la société de chacun et l'épanouissement individuel. La culpabilité héritée des mentalités judéo-chrétiennes reste aussi un fonctionnement de la pensée très solidement ancré.

L'optimisme, le « positivisme » est un fondamental, sans doute le seul qui soit l'objet de réelle propagande de la part de la Source (et, corollaire, parfois, motif de censure).

Notre culture est humaniste. Aucune civilisation dans l'Histoire n'a placé l'homme et la métaphysique à ce niveau d'importance. L'Homme y est poussé à développer tout son potentiel et à vivre le mieux possible. Pourtant, cet humanisme, qui place l'Homme au centre de la société, n'est pas une valeur absolue ni un principe abstrait. C'est un humanisme rationnel et collectif. La vie humaine représente le bien le plus précieux mais sa production est dictée par des besoins concrets. Un paradoxe qui ne frappe pas plus que cela les individus eux-mêmes, car la notion de liberté individuelle ne revêt pas pour eux la même importance que chez les humains d’avant.

La culture se transmet lors de l'imprégnation et lors de la néonaissance. A 18 ans, ces néonés sont dotés d'une « culture générale » minimale, qui permet les rapports humains, la compréhension mutuelle et la connaissance innée des valeurs morales communes, de la philosophie et des mentalités. C'est l'une des bases de leur contrat social, qui rend le vivre ensemble possible et donne du sens à la vie. Ils participent tous d'un projet commun. Ils œuvrent tous pour chacun. Et, même inhibés, ils sont capables de formes de progrès et d'évolutions comme le montrent les réalisations des différentes arches.

Qui ne saute pas n'est pas Khayyam !

Au sein de chaque arche se sont également développées des cultures différentes, liées à leur position par rapport à la source, à la présence plus ou moins importante de certaines patries, à des conditions de vie plus ou moins difficiles, à la langue parlée et… au mystère des relations entre individus. L'on dit généralement des gens de Khayyam qu'ils sont travailleurs, curieux et enthousiastes. On peut trouver deux raisons à cela : la réouverture il y a une centaine d’années et l'avenir incertain de la 16ème arche. Ces deux sources potentielles de curiosité et d'inquiétude, les habitants les ont transformées en moteurs. Ils apprécient profondément le bonheur de redécouvrir les planètes de ceux qui y ont vécu avant eux, auxquelles ils sont profondément attachés. La conscience de leur fragilité les rend épicuriens. Il y a une réelle urgence de vivre, de profiter de chaque instant, de s'émerveiller face à la nouveauté et au changement (qu'ils accueillent avec joie et sans peur), de donner le meilleur de soi… et un certain chauvinisme. Par contre, les Intouchables y sont assez nombreux… car la conscience du reset a fait naître un terreau fertile à l'écœurement face à la Source. C’est finalement chose assez normale dans toutes les arches qui ont subi un reset.

La culture « nocturne »

Le loisir est indispensable et la nuit propice à tous les excès. Raisonnables le jour, les individus se débrident la nuit et, là, laissent libre-cours à leur individualisme. Cela fait partie de la culture collective et est totalement admis. On assiste d’ailleurs à un réel changement d’ambiance lorsque la nuit tombe. Les lumières s’allument dans les yeux de chacun et dans les lieux où le divertissement prend place.

 

Les fêtes

Les grands moments de la vie sont célébrés (avec plus ou moins de faste et de solennité suivant les arches). Une néonaissance à la Source se célèbre dans le recueillement et la gravité, visant à ce que chaque néoné soit immédiatement conscient de l'importance de son existence. Dans d'autres arches, le néoné sera simplement salué d'une claque sur l'épaule et immédiatement pris en charge par son parrain. Il peut aussi arriver, c'est le cas à Khayyam, que parrain et filleul commémorent ensemble, chaque année, le souvenir de la néonaissance en s'offrant un cadeau. Les Mémorials, qui rappellent une année de l'époque des Premiers, rythment également le calendrier et donnent lieu, sur Khayyam, à de nombreuses soirées spéciales. Notons aussi que les mariages font l'objet de cérémonies. Si, à la Source, ils sont privés et discrets, parce que relevant de l'intime, il arrive que ce soit l'objet de fêtes délirantes dans les arches. On parle de semaines de réjouissances parfois ! Sur Khayyam, la mesure est de mise, parce que le temps est précieux. La cérémonie consiste donc en un échange de vœux communs, suivi d'une nuit mémorable à la Bulle. Les mariés s'habillent généralement de blanc ou de rouge… héritage et nostalgie des Premiers. La date des mariages doit être soumise aux Veuves qui s'arrangent souvent pour la faire suivre un envol, pour ne pas laisser les habitants sombrer dans la mélancolie.

La plus belle et la plus grande des fêtes

L'envol est l'une des célébrations les plus importantes et les plus codifiées. Son organisation est aux mains des Veuves qui en assurent, également, la gestion psychologique. Au fil des siècles, les Veuves ont mis au point un rituel strict, similaire sur toutes les arches, car toutes les morts sont des pertes d'égale importance. La cérémonie d'envol se tient à la minute où l'étoile se couche sur la planète, lorsque le ciel brille encore de sa lumière. Elle s'achève lorsque la nuit est tombée et que la voute céleste s'allume.

Les produits culturels

A côté de la culture collective, l'Art est bel et bien présent dans les arches. Il est même omniprésent ! L'architecture dépend évidemment des matériaux locaux mais son style reste similaire à celui des Premiers. Il semble utilitaire… Mais ses volumes, dictés par les mathématiques, sont parfaits (quoiqu'un peu froids).

C'est la Factory qui se charge de la production des « oeuvres d'art ».

 

Inhibé mais pas débile !

La Factory s'est en effet créée -et a été créée- sur base du postulat que chaque individu est différent, malgré un potentiel identique. Et que leur inhibition n'était pas incompatible avec l'art. La vision romantique du « génie inspiré dévoré par la créativité » a longtemps été le mot d'ordre au sein des arches. Dès lors l'art semblait un idéal inaccessible, désormais refusé à ces versions parfaites mais bridées des hommes. De plus, l'art semblait inutile au sein des arches, en plein développement, les individus trouvant absurde de monopoliser leur énergie pour produire de l'inutile.

Par contre, l'artisanat, lui, se développait. De plus en plus d’hommes et de femmes avaient à cœur de se différencier les uns des autres… Cela passait par des tatouages, des bijoux, des vêtements. Et l'on a vu les individus expérimenter, tester et, pour certains, réinventer de nouvelles formes graphiques, de nouvelles techniques. Certaines « pièces » (on n'osait pas dire « créations », le terme semblait de très mauvais goût et d'une prétention grotesque) ont, au fil du temps, commencé à sortir du lot.

Peu après la Grande Dame, une phrase a été retrouvée. « Le génie, c'est 5% d'inspiration et 95% de transpiration », attribuée à Ludwig Van, compositeur méconnu. Cette phrase a inspiré Le manifeste du faire, livre fondateur de réflexion sur la création de Palamède Hiraoka en 2207.

Le manifeste du faire

Palamède Hiraoka, archonaute, était dans une Bulle et méditait sur cette phrase en observant une tatoueuse. Il observait les volutes d'encre naître sur la peau et réalisa qu'il y avait du beau dans ces gestes. Après un très long temps de ratures, de réflexions, de synthèse, il publia ce court texte qui met en perspective les observations sur l'artisanat, glanées à travers les arches. Il y développe une théorie qui part de la main. Il voit en la main le premier vecteur de création, plus que l'esprit. C'est, selon lui, en façonnant la matière, en cherchant la perfection du geste, que l'homme naturel a produit ses plus beaux chefs d'œuvre. La création manuelle met l'homme dans une forme de transe et libère son esprit… C'est d'ailleurs ce qu'il a appris lors de rencontres avec des artisans plus ou moins doués.

Pour lui, si l'esprit est inhibé, le corps ne l'est pas. Le corps, parfait, garderait en lui la « mémoire créative ». Longtemps, Hiraoka a buté sur le problème de la littérature et de la fiction en général. Car si la musique, la peinture, la sculpture, la danse, le théâtre, le chant, peuvent corroborer cette théorie, qu'en était-il des arts plus « cérébraux » ? Comment expliquer l'art du scénario ou la poésie ? A l’issue de multiples discussions, notamment avec des membres de ce qui était alors Commsoft, il en vint à postuler que le corps, aussi, guide l'esprit. C'est en voulant retranscrire les expériences de ses sens que l'homme a raconté ses plus belles histoires. La main, les muscles, les sens, seraient capables de retrouver, porteraient en eux, les graines du génie humain. Et ce génie naîtrait également de la pratique. C'est l'entraînement qui permet de le mettre à jour. Il n'aura, ensuite, de cesse de diffuser ses théories, enregistrant des vidéos, créant des collections d'œuvres (il sera le premier à oser appeler ainsi des « produits clones ») et tentant de grouper autour de lui des artisans doués dans tous les domaines. Il appellera son groupe La Factory, mêlant pour lui art et fabrication normée, usinée, fruit du travail.

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Projet de cosmodrome sur l'arche Halley. Johnjohn Longdye, Factory & Marcel Dough, Technocorp

Les diverses interprétations

Le traité d'Hiraoka marquera les esprits. Certains y verront simplement une source d'espoir et de positivisme à cultiver, une piste pour que chaque individu se dise qu'il y a, en lui, un potentiel qu'il pourrait développer. Certains y verront la menace d’une distraction, qui pourrait détourner les individus de leur mission essentielle (tout particulièrement au sein de la Covenance). Pour d'autres, cela donnera lieu à une implication qui confine à la mystique. Mais tous finirent par convenir que l'art était essentiel pour lutter contre la dépression. C'est ainsi que des décorations apparurent, qu'un souci esthétique se répandit… et que l'on vit leur impact, réel, sur la psyché des personnes. Dès lors, les organisations inter-patries ont poussé au développement de la Factory… Qui a vu de nombreux courants naître en son sein, entre les partisans du retour à l'Antique, les convaincus du génie humain…

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L'art "clone". Danger ou génie ?

Ce qu'il reste des Premiers

La sonde Oméga renfermait un gigantesque savoir artistique… en vrac et sous version numérique. Il ne reste rien de tangible des Premiers, que des trillions de fichiers. S'y plonger réclame temps, passion et patience. Certaines langues sont perdues, certains fichiers sont corrompus, certaines matières n'existent plus et surtout, il est difficile de restructurer ce qui reste. Des albums entiers se nomment « Track1». L'orthographe a changé, rendant la lecture des œuvres anciennes compliquées. MAIS… L'épopée est restée. On trouve d'ailleurs des similitudes troublantes entre les épopées orales que très vite les individus ont commencé à se raconter (l’Archosphère, les 47 p.ex) et l'Odyssée ou les aventures de Gilgamesh (ce qui ne manqua pas de réjouir les membres de la Factory).

 

Quelques disciplines

  • La sculpture: 3D Imprimer des productions est la pratique la plus courante. Cela permet, en outre, de les diffuser dans les différentes arches. Les producteurs passent normalement par des programmes de modélisation 3D, créés et mis en place par les Dev d’Intricomm. Certains, de plus en plus nombreux d'ailleurs, prônent un retour au manuel et créent des modèles « physiques » qui sont ensuite scannés et numérisés. Les sculpteurs produisent de tout, chacun ayant ses spécialités… aussi bien des bijoux que des statues monumentales.
  • Le land art: Cette branche plus écolo veut rester en contact avec la nature et, surtout, le geste. Leur objectif est d'exalter la beauté naturelle et, dans l'idéal, de reconnecter chacun avec ses sens. Ils fabriquent des objets bruts, des œuvres olfactives, redessinent des paysages, font des peintures en mousse végétale, recréent des instruments 100 % naturels…
  • Le Drone-art: Danse des drones, ballets de drones, dessins de drones lumineux, c'est une forme de théâtre, de pratiques éphémères qui a vu le jour assez récemment, par hasard, et a bouleversé la Factory car ils y ont vu l'émergence d'un art spécifique à leur époque, d'une forme de danse nouvelle… Par la suite, ils ont trouvé que les humains originels avaient eux aussi expérimenté ces pistes. Mais cela les a néanmoins rassurés et motivés dans leur recherche. Ils développent de nombreuses formes de drones, tentent de les modifier pour les rendre « beaux », de les utiliser pour diffuser des sons volants…
  • Les modernantiques: Ici, il s'agit de maîtriser, enfin de tenter d'acquérir les techniques anciennes. Ils refusent l'aide de la technologie et reviennent aux techniques académiques. Peinture, sculpture, puzzles, paysages en point de croix, céramique, retro gaming, chansons populaires, slogans déclamés, vers ronflants à la Victor Hugogol… Ce qu'ils font est en général particulièrement médiocre, mais ils n'en ont pas conscience. Et les Néo-renaissants sont souvent très friands de leurs créations. Il arrive, toutefois, que des beautés stupéfiantes naissent de leurs productions (mais peu les repèrent).
  • La musique: A côté des productions recréant des sons de la nature et des chansons modernantiques, la musique est principalement électronique. Ce qui couvre un large spectre de sons, des sonorités industrielles aux enregistrements des plus beaux instruments anciens. La technique pour fabriquer les Stradivarius ou pianos s'est perdue (certains artisans s'y essaient), mais leurs notes restent enregistrées, ce qui permet aux musiciens de pratiquer ces instruments comme s'ils existaient encore. Ils sont davantage virtuoses que réels compositeurs. Toutefois, dans la combinaison de sons électroniques, semblent naître des sons nouveaux… Il existe d'ailleurs de vraies vedettes. La musique est également utilisée pour illustrer la majorité des informations de Transmédia. Des studios d'artisans existent sur certaines arches, qui produisent des airs destinés à faire jaillir des émotions ciblées (lyrisme, enthousiasme, bien-être, énergie…). Les individus sont plus nombreux à posséder l'oreille absolue que les humains d’autrefois (20 % en moyenne dans les arches).
  • Le cinéma: Parce qu'il utilise des ressources normalement dévolues à l'information, reste un art marginal. Les productions sont généralement filmées en amateur, au moyen de Pippers et parfois de drones. On lui préfère le théâtre et les spectacles vivants, qui sont régulièrement présentés à la Bulle! Ce genre d’image est plus vecteur d’informations que d’art en général.
  • La littérature: Principalement orale, la littérature s'est développée sous forme de chroniques enregistrées, qui sont diffusées dans les différentes arches et ont de nombreux fans. On y voit un écho des blogs de la première moitié du 21ème siècle. Ils se combinent souvent à l'usage de psychotropes précis, pour en décupler l'effet (recommandés par les auteurs). L'expérience littéraire se vit généralement à plusieurs.
  • Le tatouage: Est omniprésent et est devenu une discipline artistique à part entière.

Et n'oublions pas… toutes les autres !

 
Extrait du Kujua de DataLog – Section Khayyam, Localité Maatrah, secteur DNG-72, Outpost Sigma.
 
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